Nouvelles-de-Vénus

Hot Chocolate.

Sometimes, a little thing marks the beginning of the greatest change in your life.

As far as I am Concerned, everything began with an hot chocolate...

   

   13h45, il me reste encore dix minutes avant l'embarquement dans l'eurostar. Je décide alors de profiter de ces dix minutes pour boire un thé au citron. Mais la machine est en panne et en guise de thé au citron, je me retrouve avec un chocolat chaud... Ca commence bien.

Quelques heures plus tard, me voila à Waterloo, de l'autre côté de la Manche. Je rêvais de vivre à Londres dès la première fois que j'y suis allé... en touriste. Je dis "en touriste" parce que la seconde fois que j'y suis allé - pour travailler, cette fois-ci - je rêvais de rentrer en France le plus vite possible!

Déjà les choses commençaient mal, je ne bois jamais de chocolat chaud et là j'ai commencé mon voyage par un chocolat chaud. Bon premier petit tracas. Mais en plus, je ne sais pas comment font les londoniens pour supporter cette vie. Ils courent partout, tout le temps et passent le plus clair de leur temps à marcher des kilomètres dans le labyrinthe des galeries de métro...

On dit que Londres est une ville qui bouge, euh, c'est le moins qu'on puisse dire!!!

Ca, pour bouger, ils bougent les londoniens : ils évoluent toute la journée dans des rues bondées où il est extrêmement difficile de mettre un pied devant l'autre. Oxford Street pendant les vacances d'été, c'est comme une boîte branchée en week end sur la côte d'azur, on ne contrôle plus rien, on se fait juste porter par la foule. Et quand il s'agit de traverser une rue, alors là il faut jouer des coudes et établir un plan minutieux afin de parvenir de l'autre côté de la rue sans s'être fait renverser par l'un de ces taxis qui roulent comme des malades et sans s'être fait ramener au point de départ par la marée humaine qui vient en face...

En plus, l'architecture londonienne, c'est pas terrible alors si on peut même pas au moins admirer le paysage en attendant que les deux millions de personnes devant aient avancé d'au moins quelques centimètres, on s'ennuie très vite et si on est pressé, alors là c'est pas la peine, à part passer par dessus les gens -ce qui ne serait pas vraiment correct et donc pas vraiment réalisable- on n'a aucun moyen d'être à l'heure en Angleterre sauf si on part 1 heure avant pour aller à dix minutes de chez soi...

On dit aussi qu'à Londres, il est facile de trouver du travail, tu parles! Il était facile de trouver du travail oui, il y a dix ans peut être mais là aujourd'hui, les choses ont légèrement changé.

"Sorry, we don't have any vacancies at the moment but you can leave a CV and we will call you back"

Ah ben super, d'ici qu'un manager lise le CV et me rappelle, je serai déjà rentrée en France!!!

En plus, à Londres, il pleut. C'est comme ça dans cette ville, il pleut au moins une fois par jour et parfois toute la journée! Alors déjà que c'est pénible de marcher toute la journée pour trouver un travail mais sous la pluie en plus...

Bref, trop de pluie, trop de gens, trop de métro, trop de galères, trop, c'est trop et en plus j'ai du mal à digérer mon chocolat chaud...


Demain ça ira mieux...


...

Demain ça ira mieux? N'importe quoi, rien ne va mieux! Toujours trop de pluie, toujours trop de monde, toujours pas de travail... Déjà deux jours que j'imprime des CV, que j'arpente les rues de Londres, que je rempli des "application form", que je souri à des managers qui se contrefichent de mes problemes et qui prennent mon CV parce que après tout, il faut rester poli... Et encore une fois, je n'ai plus qu'à rentrer chez moi, bredouille.

Chez moi, parlons en de chez moi, il s'agit d'un hôtel d'étudiants. Bon jusque là, normal sauf que les étudiants justement, ils sont gentils, très gentils mais aussi très bruyants et surtout pas très propres... Je partage la cuisine et la salle de bain avec deux autres filles et sincèrement, je ne pensais pas que deux filles puissent être aussi sales! Enfin bref, English way of life, what else?

...

Troisième jour de recherche et voilà qu'une petite lueur d'espoir pointe à l'horizon.

J'habite dans une résidence pour le moins pas très propre et pour laquelle je donne 400 livres par mois , j'ai payé 90 livres pour un mois de transport (et seulement pour les zones 1 et 2), il pleut tout le temps, je passe mes journées à marcher dans des rues complètement saturées par la foule mais à part ça, une petite lueur d'espoir pointe à l'horizon...

Ma lueur d'espoir s'appelle Pizza Hut - romantique n'est-ce pas?!.

Comme dans les vingt cafés, bars, pubs et restaurants où je suis rentrée auparavant, je poussais la porte du Pizza Hut en repensant à la phrase que j'allais dire -"hello, I'm looking for a job, maybe you've got vacancies here?" quand un espèce de type tout maigre, avec des cheveux longs et frisés m'a ouvert la porte. Un peu surprise, je lui ai quand même sorti ma petite phrase tout prête et il m'a gentillement demandé si j'avais un CV sur moi.

Jusque là, pas de véritable changement par rapport aux autres restaurants sauf que, je ne sais pas, j'avais un bon pré-sentiment. Ce garçon, il m'a paru sympa et je ne sais pas, peut être que je me fais des idées mais j'ai l'impression qu'ils vont me rappeler...

Pas manqué, le lendemain, Pizza Hut me rappelle pour fixer un entretien mardi à 10 heures. Bon ne nous emballons pas, un entretien ça veut pas dire grand chose mais quand même, je le sentais bien!

Petit à petit, les choses commencent à s'améliorer, je m'habitue à ce chaos quotidien, je m'habitue au métro et je commence à connaître les lignes par coeur, je m'habitue à tout ce monde, aux taxis-fou, aux voitures qui roulent à gauche et surtout à mon hôtel qui me paraît de mieux en mieux. Je peux accéder à Internet gratuitement, l'eau et l'électricité sont comprises dans le loyer et surtout il est extrêmement bien situé, à Waterloo, à 5 minutes de Big Ben, de la House of Parliament, du London Eye, à 15 minutes de Covent Garden... enfin bref, peut être que la mauvaise digestion de mon chocolat chaud m'avait rendu aigri au point de ne rien apprécier quoi qu'il en soit...

De plus, on peut dire ce qu'on veut, Londres reste une ville magnifique. Big Ben, the House of Parliament, the London Eye, the Thames, Camden Town, Covent Carden, Trafalgar Square, Picadilly Circus et l'éclairage qui vient s'ajouter à tout ça, Londres est une ville pleine de surprises. Plus de problèmes, plus de métro étouffant, plus de foule oppressante, plus de "oh mon Dieu, j'ai toujours pas de travail!", non , juste moi et le magie de la ville...

Je crois qu'au début, c'est un peu difficile parce qu'il faut s'adapter. On part à l'inconnu, on se retrouve tout seul, loin de chez nous, il y a des tas de choses à faire, des tas de choses à payer et la barrière de la langue reste présente alors oui on trouve tout compliqué, tout est trop grand, trop bondé, trop cher, trop loin etc mais une fois cette période un peu chaotique passée, Londres est une ville extrêmement plaisante qu'on a du mal à quitter.

...

Mardi à 10 heures, je n'étais pas en retard, pas en avance non plus, juste pile à l'heure, bien habillée, détendue, prête à passer l'entretien. Le garçon à qui j'avais donné mon CV n'était pas là -dommage, j'aurais bien aimé le revoir- le restaurant était désert (normal à 10heures) et le manager m'attendait en bas. Après une heure d'entretien, il me prenait à l'essai pour l'après midi même. J'avais raison, ils m'avaient rappelé...

Toujours pile à l'heure, je commençais mon essai l'après midi. J'étais supposée ne rester que 2 ou 3 heures, le temps de voir ce que ça donne, pour eux comme pour moi.

Je pense m'en être plutôt bien tirée. C'est pas si facile, il y a beaucoup de choses à faire pour une seule personne, beaucoup de choses à retenir en peu de temps mais bon, je m'adapte, je fais de mon mieux et apparemment, c'est tout ce qu'il demande.

Voilà comment je me suis retrouvée employée au Pizza Hut du 27 Duke Street, petite rue perpendiculaire à Oxford Street, petite rue calme et banale qui allait marquer le point de départ d'une histoire mouvementée et inattendue.

...

Le lendemain, alors que je commençais à prendre mes marques, il est arrivé, souriant et plein d'entrain. Je l'avais reconnu évidemment mais lui, se souvenait-il de moi? Apparemment non, il m'a dit "bonjour, enchanté, moi c'est Moufti" et puis il est retourné travailler.

Je ne savais pas vraiment pourquoi mais depuis le premier jour où je l'avais "rencontré" ou disons plutôt croisé, je savais que nous allions devenir amis et peut être même plus.

Il n'était pas beau mais il avait quelque chose de sympathique dans le regard et dans sa façon de parler.

Il n'était pas très grand, plutôt maigre, avec des cheveux longs et bouclés qu'il attachait à l'aide d'un élastique comme ceux qu'ont toutes les filles.

Son visage fin et calme inspirait confiance même si il pouvait parfois sembler très dur. Les blessures de la vie semblaient pouvoir se lire sur ce visage, déjà marqué de quelques rides à travers lesquelles on pouvait desceller tous les problèmes qui ont pu affecter sa vie.

Il était Marocain et était venu en Angleterre pour échapper à son destin, pour être indépendant et libre. Il ne regrettait pas son choix mais après neuf ans passés en Angleterre, il en payait le prix et devait rembourser les crédits qu'il avait fait en arrivant ce qui l'obligeait à travailler plus de 70 heures par semaine au Pizza Hut.

Il ne se plaignait pourtant pas, il avait choisi cette vie et en assumait les conséquences, il était heureux parce que même si la vie était parfois difficile, il était libre, libre de faire ce qu'il veut.

A 29 ans, il continuait toujours ses études qu'il avait été contraint d'interrompre plusieurs fois pour travailler.

Bref, il était libre, indépendant,pas très beau mais sympathique et charmant, avec un petit accent très plaisant surtout quand il essayait de parler français... et enfin, il faisait les meilleurs chocolats chauds du monde..


...

Depuis mon premier chocolat chaud dans la salle d'attente de l'eurostar, tout avait changé. Je me sentais désormais extrêmement bien à Londres. J'avais un travail fatigant, d'accord mais qui me plaisait beaucoup. Je m'étais fis de très bon amis en particulier au Pizza Hut et l'ambiance là bas était très agréable.
Je me plaisais dans ma résidence qui finalement ne présentait que des avantages et je me plaisais tout simplement dans cette ville.

Et puis, il y avait Moufti...

La première fois que je l'ai rencontré, j'avais un copain et j'ai d'abord tout simplement pensé "ah tiens, il a l'air sympa".
Et puis petit à petit, il est passé de sympa à irrésistible, génial, gentil, attentionné, drôle... bref tout pour plaire.

Bien sûr il avait 10 ans de plus que moi, bien sûr il n'était pas beau, bien sûr j'avais quelqu'un dans ma vie et lui aussi d'ailleurs mais rien de tout ça ne nous atteignait. Pour lui comme pour moi, tout était simple quand nous étions ensemble, on ne se posait plus de questions, on pouvait discuter pendant des heures sans qu'aucun de nos petits problèmes quotidiens ne viennent nous gâcher ce moment.

Je ne sais pas comment dire, il était tout simplement là avec son sourire et ses grands yeux verts, encore une fois, il n'était pas beau mais j'aimais tout en lui.

J'aimais nos conversations, j'aimais son accent anglais, sa façon de me regarder, j'aimais travailler avec lui, j'aimais la façon dont il prononçait mon prénom, j'aimais sentir sa présence si apaisante et rassurante, j'aimais ses caresses et ses baisers et par dessus tout, j'aimais ses chocolats chauds...

Toutes les fois que nous travaillions ensembles, il me préparait un chocolat chaud - si ce n'était pas plusieurs - avec de la crème et du chocolat en poudre ou quelque fois des smarties ou des bonbons, bref, il était plein de petites attentions pour moi et moi j'ai commencé à aimer le chocolat chaud...

La première fois que je l'ai rencontré, j'avais un copain et voilà qu'au bout de quelques semaines, je ne savais plus où j'en étais..

Tout semblait si simple avec lui. Je ne suis resté qu'un mois en Angleterre mais j'ai tout fait pour passer le plus de temps possible avec lui parce qu'avec lui, la vie était plus belle et les problèmes semblaient bien loin.

Notre relation était douce, subtile, chaude et sucrée comme les chocolats chauds qu'il me préparait et plutôt que de quitter tout ça, j'ai préféré rester.

Le jour de mon départ, alors que j'attendais l'eurostar, triste et déçue de partir, j'ai voulu prendre un chocolat chaud à la machine, un dernier, pour ne pas oublier...

Il n'y avait plus de chocolat chaud dans cette machine, ma décision était prise, je ne pouvais pas partir, je devais rester et m'installer en Angleterre, j'ai alors pris ma valise, j'ai pris le métro direction Oxford Street, je me suis installée à la terrasse du Pizza Hut et j'ai commandé.

"One hot chocolate please..."

C'était fou, je le reconnais mais je ne regrette rien et je sais que j'ai fais le bon choix.

Sometimes, a little thing marks the beginning of the greatest change in your life...

The most important is to recognize it and to do everything not to let it go...

 

 

Vos commentaires

1 Le Jeudi 6 Septembre 2007 à 12:02 GMT+2, par Londoncam

Une bien jolie nouvelle... proche de la realite?

Merci d'avoir choisi mon blog comme blog parrain, je suis touchee.

A bientot !

Autres publications sur le sujet

Aucune référence pour le moment.

Cet article ne peut faire référence à d'autres publications.

Commenter cet article

*


Pour être sûr... combien font 1 + 5 ? *

Se souvenir de moi


Les champs marqués d'un * sont obligatoires
Votre commentaire sera affiché en texte brut à l'exception des liens

Créer un blog sur MaBulle. | C.G.U. - Copyright | Signaler un abusContacter l'auteurVisiter le blog parrain http://camillepapote.mabulle.comVoir des blogs de la thématique: Réflexions et pensées diverses